Appel de Pâques pour l’é­vacua­ti­on des camps grecs

Avec 110 orga­ni­sa­ti­ons et plus de 130 pre­miers signa­taires, l’O­DAE-Suis­se deman­de au Con­seil fédé­ral et au Par­le­ment à agir.

Il y a des moments où l’on peut fai­re de beaux dis­cours. Et il y a des moments où il faut agir. Nous deman­dons instam­ment au Con­seil fédé­ral et au Par­le­ment de fai­re venir en Suis­se le plus grand nombre pos­si­ble de réfu­gi­és de la mer Égée. En tant qu’État de Dub­lin, la Suis­se par­ta­ge la responsa­bi­li­té de la cata­stro­phe huma­ni­taire sur les îles grec­ques. Elle dis­po­se des capa­ci­tés et des moy­ens finan­ciers néces­saires pour con­tri­buer de maniè­re signi­fi­ca­ti­ve à l’évacuation. Comp­te tenu de la pro­gres­si­on de la pan­dé­mie de coro­na­vi­rus, le temps pres­se.

Une cata­stro­phe silen­cieu­se se déroule sous nos yeux sur les îles grec­ques de la mer Égée. Plu­sieurs dizai­nes de mil­liers de réfu­gi­és des zones de guer­re et de con­flit y sont blo­qués sans aucu­ne pro­tec­tion. Les soins médi­caux ne sont pas garan­tis, et le droit de deman­der l’asile a été sus­pen­du tem­por­ai­re­ment. La situa­ti­on dans le camp de Moria, sur l’île de Les­bos, est par­ti­cu­liè­re­ment dra­ma­tique, selon les orga­ni­sa­ti­ons cari­ta­ti­ves.

Les habi­tants de Moria sont pri­vés des besoins humains les plus élé­men­taires tels que l’hygiène et la nour­ri­tu­re. Il y a un robi­net pour mil­le per­son­nes. Ils doiv­ent fai­re la queue pen­dant des heu­res pour rece­voir de la nour­ri­tu­re, sou­vent non comes­ti­ble. Les réfu­gi­és, princi­pa­le­ment des femmes et des enfants, n’ont pas d’abri sûr. La plu­part d’entre eux vivent dans de peti­tes ten­tes et des hut­tes con­strui­tes par eux-mêmes. Dans ces cir­con­stan­ces, il n’est pas pos­si­ble de suiv­re les inst­ruc­tions pour con­tenir le coro­na­vi­rus, tel­les que cel­les émi­ses par l’Office fédé­ral de la san­té publi­que en Suis­se. L’épidémie de Covid-19 menace de pro­vo­quer une cata­stro­phe avec de nombreux décès.

La situa­ti­on inhu­mai­ne sur les îles grec­ques est une con­sé­quence de la poli­tique euro­péen­ne à l’égard des réfu­gi­és. La Suis­se a cosi­gné l’accord de Dub­lin et en a béné­fi­cié pen­dant des années. En ver­tu de cet accord, les per­son­nes ne peu­vent deman­der l’asile que dans le pays euro­péen où elles arriv­ent en pre­mier lieu, par exemp­le la Grè­ce. Tou­te­fois, cha­que État de Dub­lin peut tou­jours répond­re aux deman­des d’asile de sa prop­re initia­ti­ve. La Suis­se doit main­ten­ant fai­re usa­ge de cet­te pos­si­bi­li­té.

Le nombre de deman­des d’asile en Suis­se est à un niveau his­to­ri­que­ment bas. Not­re État a les moy­ens finan­ciers, les capa­ci­tés d’hébergement et les res­sour­ces humai­nes néces­saires pour accueil­lir de nombreux réfu­gi­és et s’occuper d’eux ici. Les expé­ri­en­ces anté­ri­eu­res ont mon­tré que l’aide finan­ciè­re à la Grè­ce n’a guè­re con­tri­bué à amé­lio­rer la situa­ti­on des réfu­gi­és. Il ne res­te plus qu’à éva­cuer. Ces der­niers jours, la Suis­se a mon­tré à quel point il est pos­si­ble d’évacuer des per­son­nes avec la plus vas­te opé­ra­ti­on de rapa­trie­ment de son his­toire. Ce qui s’applique aux per­son­nes titu­lai­res d’un pas­se­port suis­se doit éga­le­ment être pos­si­ble pour les plus vul­né­ra­bles, com­me cela figu­re dans le pré­am­bu­le de not­re Con­sti­tu­ti­on.

Cer­tains États euro­péens ont déjà accep­té d’accueillir des réfu­gi­és de Les­bos. Nous appe­lons le Con­seil fédé­ral et le Par­le­ment à s’associer à ces pays en envoyant un signal clair et cou­ra­geux. La Con­ven­ti­on de Genè­ve sur les réfu­gi­és et les droits de l’homme pour tous restent val­ab­les même aujourd’hui. La socié­té civi­le suis­se est fiè­re de sa tra­di­ti­on huma­ni­taire. Cepen­dant, cet­te tra­di­ti­on ne se per­pé­tue que si elle est renou­velée en temps de cri­se. Il y a des moments où l’on peut fai­re de beaux dis­cours. Et il y a des moments où il faut agir.

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