Éva­lua­ti­on: Répres­si­on et per­sé­cu­ti­on en Iran

Depuis la fin du mois de décembre 2025, l’I­ran est le lieu d’un nou­veau mou­ve­ment de pro­te­sta­ti­on d’u­ne ampleur sans pré­cé­dent. Ce qui avait com­men­cé com­me des mani­fes­ta­ti­ons à carac­tère éco­no­mi­que s’est rapi­de­ment trans­for­mé en un appel natio­nal en faveur du chan­ge­ment poli­tique. La réac­tion de l’É­tat a sui­vi le sché­ma habi­tuel : recours exces­sif à la vio­lence, arre­sta­ti­ons mas­si­ves et iso­le­ment du pays. Les mani­fes­ta­ti­ons sont con­sidé­rées com­me une « men­ace pour la sécu­ri­té natio­na­le » par la jus­ti­ce et sont donc criminalisées.

Une nou­vel­le escalade

Les ins­tances inter­na­tio­na­les font état d’u­ne gra­ve escala­de depuis le début de l’an­née 2026. Le Haut Com­mis­saire aux droits de l’hom­me de l’O­NU et le Con­seil des droits de l’hom­me de l’O­NU font état de mil­liers de mor­ts et de bles­sés dans le cad­re de la répres­si­on, ain­si que d’ar­re­sta­ti­ons arbi­trai­res, de tor­tures et de vio­len­ces sexu­el­les et sexis­tes. Par­al­lè­le­ment, les ser­vices Inter­net et de télé­com­mu­ni­ca­ti­on ont été lar­ge­ment inter­rom­pus, ce qui con­sti­tue un moy­en clas­si­que d’en­tra­ver l’in­for­ma­ti­on, la docu­men­ta­ti­on et la mobilisation.

Amnes­ty Inter­na­tio­nal signa­le éga­le­ment une vague d’ar­re­sta­ti­ons arbi­trai­res mas­si­ves. Par­mi les per­son­nes déte­nues figu­rent des étu­di­ants, des élè­ves, des défen­seurs des droits humains, des avo­cats, des jour­na­lis­tes, ain­si que des mem­bres de mino­ri­tés eth­ni­ques et religieuses.

Y a‑t-il per­sé­cu­ti­on politique ?

Selon l’O­DAE-Suis­se, il exis­te un ris­que struc­tu­rel pour des grou­pes clai­re­ment iden­ti­fia­bles. Il y a per­sé­cu­ti­on poli­tique au sens du droit d’a­si­le lors­que des per­son­nes sont pri­ses pour cib­le en rai­son de leurs opi­ni­ons poli­ti­ques, de leur par­ti­ci­pa­ti­on à des mani­fes­ta­ti­ons, de leur sou­ti­en à des cau­ses d’op­po­si­ti­on ou de leurs acti­vi­tés en faveur des droits humains, et qu’el­les encou­rent des sanc­tions allant bien au-delà d’u­ne pour­suite péna­le légiti­me. C’est notam­ment le cas lors­que des per­son­nes sont empri­son­nées ou con­dam­nées à des pei­nes dra­co­ni­en­nes de maniè­re arbitraire.

C’est pré­cis­é­ment ce que souli­gne l’Or­ga­ni­sa­ti­on suis­se d’ai­de aux réfu­giés (OSAR). Selon l’or­ga­ni­sa­ti­on, les res­sor­tis­sants ira­ni­ens ayant par­ti­ci­pé ou sou­tenu les mani­fes­ta­ti­ons actu­el­les ou pré­cé­den­tes, notam­ment le mou­ve­ment « Femmes, vie, liber­té », ris­quent des per­sé­cu­ti­ons poli­ti­ques. Même les per­son­nes ayant déjà mani­fes­té par le pas­sé peu­vent être en dan­ger. Cet­te esti­ma­ti­on est cor­rob­orée par les repor­ta­ges inter­na­ti­on­aux sur la vague de répres­si­on actu­el­le. On y par­le d’ar­re­sta­ti­ons mas­si­ves, de dis­pa­ri­ti­ons for­cées et de gra­ves vio­la­ti­ons des droits humains dans le con­tex­te de ces manifestations.

Que peu­vent fai­re les auto­ri­tés suisses ?

Du point de vue des droits humains et de l’É­tat de droit, il s’a­git désor­mais de mett­re en œuvre de maniè­re cohé­ren­te et effi­cace des mesu­res de pro­tec­tion. Con­crè­te­ment, cela se tra­duit, con­for­mé­ment à la posi­ti­on de l’O­SAR, par les mesu­res suivantes :

Octroi de l’a­si­le en cas de pro­xi­mi­té mani­fes­te avec les manifestations/l’opposition : si la par­ti­ci­pa­ti­on ou le sou­ti­en est cré­di­ble et qu’u­ne répres­si­on men­ace, le beso­in de pro­tec­tion est géné­ra­le­ment évi­dent ; L’OSAR deman­de donc expres­sé­ment que l’a­si­le soit accor­dé aux per­son­nes concernées.

Si le sta­tut de réfu­gié est refu­sé, mais qu’un retour est inac­cep­ta­ble, une admis­si­on pro­vi­so­i­re doit être accor­dée. En effet, lors­que les auto­ri­tés refu­sent l’a­si­le dans un cas par­ti­cu­lier, elles ont tou­jours l’ob­li­ga­ti­on de prend­re au sérieux le ris­que réel de vio­la­ti­ons gra­ves des droits humains en cas de retour. L’OSAR deman­de que les per­son­nes qui n’ob­ti­en­nent pas l’a­si­le soi­ent admi­ses à tit­re provisoire.

Sus­pen­si­on des ren­vois vers l’I­ran : comp­te tenu de l’es­cala­de de la répres­si­on, du blo­ca­ge de l’in­for­ma­ti­on et des ris­ques de per­sé­cu­ti­on, l’O­SAR deman­de la sus­pen­si­on des ren­vois vers l’Iran.

Examen faci­li­té des deman­des de réex­amen et des deman­des mul­ti­ples : l’O­SAR con­sta­te que les deman­des reje­tées doi­vent être rééva­luées en rai­son de la situa­ti­on actu­el­le. Con­crè­te­ment, cela signi­fie une repri­se à bas seuil et une mise à jour rapi­de de l’éva­lua­ti­on des risques.

Les pra­ti­ques natio­na­les et les grou­pes à ris­que doi­vent être mis à jour rapi­de­ment. Dans de tel­les situa­tions, les auto­ri­tés ont beso­in d’o­ri­en­ta­ti­ons inter­nes clai­res. Elles doi­vent savoir quels grou­pes de per­son­nes sont géné­ra­le­ment men­acés et quel­les sont les con­sé­quen­ces de leur visi­bi­li­té numé­ri­que. Les rap­ports actuels de l’O­NU et des ONG four­nis­sent des infor­ma­ti­ons fia­bles sur ces questions.

Con­clu­si­on

La situa­ti­on en Iran est non seu­le­ment ten­due, mais aus­si lar­ge­ment répres­si­ve et source de per­sé­cu­ti­ons. Pour de nombreu­ses per­son­nes con­cer­nées, il s’a­git de se pro­té­ger cont­re les déten­ti­ons arbi­trai­res, la tor­tu­re, les pro­cès iné­qui­ta­bles et les pei­nes de mort. La Suis­se peut et doit réa­gir à cet­te situa­ti­on en met­tant en place une pra­tique d’a­si­le actua­li­sée et sen­si­ble aux ris­ques, en sus­pen­dant les ren­vois et en offrant un accès réa­lis­te aux pro­cé­du­res de réexamen.

Infor­ma­ti­ons complémentaires

 

28 jan­vier 2026 (ls)