Une nouvelle escalade
Les instances internationales font état d’une grave escalade depuis le début de l’année 2026. Le Haut Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU et le Conseil des droits de l’homme de l’ONU font état de milliers de morts et de blessés dans le cadre de la répression, ainsi que d’arrestations arbitraires, de tortures et de violences sexuelles et sexistes. Parallèlement, les services Internet et de télécommunication ont été largement interrompus, ce qui constitue un moyen classique d’entraver l’information, la documentation et la mobilisation.
Amnesty International signale également une vague d’arrestations arbitraires massives. Parmi les personnes détenues figurent des étudiants, des élèves, des défenseurs des droits humains, des avocats, des journalistes, ainsi que des membres de minorités ethniques et religieuses.
Y a‑t-il persécution politique ?
Selon l’ODAE-Suisse, il existe un risque structurel pour des groupes clairement identifiables. Il y a persécution politique au sens du droit d’asile lorsque des personnes sont prises pour cible en raison de leurs opinions politiques, de leur participation à des manifestations, de leur soutien à des causes d’opposition ou de leurs activités en faveur des droits humains, et qu’elles encourent des sanctions allant bien au-delà d’une poursuite pénale légitime. C’est notamment le cas lorsque des personnes sont emprisonnées ou condamnées à des peines draconiennes de manière arbitraire.
C’est précisément ce que souligne l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Selon l’organisation, les ressortissants iraniens ayant participé ou soutenu les manifestations actuelles ou précédentes, notamment le mouvement « Femmes, vie, liberté », risquent des persécutions politiques. Même les personnes ayant déjà manifesté par le passé peuvent être en danger. Cette estimation est corroborée par les reportages internationaux sur la vague de répression actuelle. On y parle d’arrestations massives, de disparitions forcées et de graves violations des droits humains dans le contexte de ces manifestations.
Que peuvent faire les autorités suisses ?
Du point de vue des droits humains et de l’État de droit, il s’agit désormais de mettre en œuvre de manière cohérente et efficace des mesures de protection. Concrètement, cela se traduit, conformément à la position de l’OSAR, par les mesures suivantes :
Octroi de l’asile en cas de proximité manifeste avec les manifestations/l’opposition : si la participation ou le soutien est crédible et qu’une répression menace, le besoin de protection est généralement évident ; L’OSAR demande donc expressément que l’asile soit accordé aux personnes concernées.
Si le statut de réfugié est refusé, mais qu’un retour est inacceptable, une admission provisoire doit être accordée. En effet, lorsque les autorités refusent l’asile dans un cas particulier, elles ont toujours l’obligation de prendre au sérieux le risque réel de violations graves des droits humains en cas de retour. L’OSAR demande que les personnes qui n’obtiennent pas l’asile soient admises à titre provisoire.
Suspension des renvois vers l’Iran : compte tenu de l’escalade de la répression, du blocage de l’information et des risques de persécution, l’OSAR demande la suspension des renvois vers l’Iran.
Examen facilité des demandes de réexamen et des demandes multiples : l’OSAR constate que les demandes rejetées doivent être réévaluées en raison de la situation actuelle. Concrètement, cela signifie une reprise à bas seuil et une mise à jour rapide de l’évaluation des risques.
Les pratiques nationales et les groupes à risque doivent être mis à jour rapidement. Dans de telles situations, les autorités ont besoin d’orientations internes claires. Elles doivent savoir quels groupes de personnes sont généralement menacés et quelles sont les conséquences de leur visibilité numérique. Les rapports actuels de l’ONU et des ONG fournissent des informations fiables sur ces questions.
Conclusion
La situation en Iran est non seulement tendue, mais aussi largement répressive et source de persécutions. Pour de nombreuses personnes concernées, il s’agit de se protéger contre les détentions arbitraires, la torture, les procès inéquitables et les peines de mort. La Suisse peut et doit réagir à cette situation en mettant en place une pratique d’asile actualisée et sensible aux risques, en suspendant les renvois et en offrant un accès réaliste aux procédures de réexamen.
Informations complémentaires
- OSAR, L’Iran en état de choc : les victimes de persécution politique doivent être protégées, 19 janvier 2026
- OHCHR, Human Rights Council Adopts Resolution Extending Mandates of Fact-Finding Mission and Special Rapporteur on Iran and Calling for an Urgent Investigation into Human Rights Violations in Iran in the Context of the Protests Beginning 28 December 2025, 23 janvier 2026
- Amnesty International, Iran: Authorities unleash heavily militarized clampdown to hide protest massacres, 23 janvier 2026
28 janvier 2026 (ls)